Les inscriptions au congrès sont ouvertes !

Congrès des 30 ans
de Parole d'enfants !

S’élever à hauteur d’enfant

Paris, Maison de l’Unesco
Les 12/11/2026 et 13/11/2026

Présentation

« Vous dites :
— C’est épuisant de s’occuper des enfants. Vous avez raison.
Vous ajoutez :
— Parce que nous devons nous mettre à leur niveau.
Nous baisser, nous pencher, nous courber, nous rapetisser.
Là, vous vous trompez. Ce n’est pas tant cela qui fatigue le plus, que le fait d’être obligé de nous élever jusqu’à la hauteur de leurs sentiments. De nous élever, nous étirer, nous mettre sur la pointe des pieds, nous tendre. Pour ne pas les blesser. »

Janusz KORCZAK
Prologue de « Quand je redeviendrai petit » (1925)
Traduction : Association Française Janusz Korczak (révisée en 2007)

 

Les 12 et 13 novembre prochains, nous aurons le plaisir de nous réunir pour notre congrès annuel à la Maison de l’Unesco à Paris. Ce moment sera l’occasion de fêter les trente ans de notre association. Les anniversaires sont toujours l’opportunité d’un regard dans le rétroviseur… Il y a trente ans, nous nous étions donné comme principale mission de sensibiliser les professionnel·le·s de la relation d’aide, de l’accompagnement et du soin, à l’importance de la problématique des violences sexuelles subies par les enfants, le plus souvent de la part d’un proche ou d’un familier. De colloque en congrès, de journée d’étude en formation, nous avons eu la volonté de proposer des modèles de compréhension, de prise en charge, de prévention de cette forme de violence particulièrement destructrice.

Trente ans plus tard, nous vivons des moments historiques puisque c’est la société tout entière qui se trouve devant l’obligation d’ouvrir les yeux sur la prévalence des violences faites aux enfants : #MeToo, #MeTooIncest, la Civise, nous permettent de faire connaissance avec des adultes qui ont été des enfants exploités sexuellement. Dans ce sillage, d’autres personnes ont le courage de prendre la parole : anciens enfants placés violentés ou négligés en Protection de l’Enfance, mobilisation des adopté·e·s pour retrouver leur agentivité, etc. En tant que professionnel·le·s, il est de notre devoir de les écouter et d’apprendre de leur expérience dramatique.

Pour ce congrès « anniversaire », nous avons donc choisi de remettre l’enfant au cœur de nos préoccupations. Ebranlé·e·s autant qu’enthousiasmé·e·s par les recherches sur l’infantisme et la domination adulte, nous avons choisi de tenter, comme l’enseignait Janusz Korczak il y a un siècle, de nous élever « à hauteur d’enfant ».

Pour tenir notre promesse, nous avons réuni des personnes légitimes pour aborder le vécu des enfants, célébrer leur intelligence, leur sensibilité et leur expertise, souligner à quel point ils et elles subissent des injustices et des violences et proposer des modalités de transformation des relations pour diminuer la violence que les adultes exercent sur eux.

Nous nous appuierons sur trois piliers :

  • Entendre des adultes qui n’ont pas oublié leur condition d’enfant et qui peuvent nous faire « retraverser le fleuve » pour nous remettre en contact avec différentes problématiques fréquentes en protection de l’enfance : violences psychologiques, physiques, sexuelles, en famille, à l’école, parents défaillants, conflits parentaux, adoptions, familles d’accueil, placement, ….
  • Entendre des professionnel·le·s qui ont quelque chose à proposer dans un travail psycho-socio-éducatif avec les enfants ou les adultes qui sont en charge de s’occuper d’eux, de les élever ;
  • Et aussi écouter des voix d’enfants qui parlent à propos d’eux-mêmes et du monde dans lequel ils grandissent.

Ce congrès s’adresse aux professionnel·le·s de l’éducation, de l’aide et du soin à qui sont confiées différentes missions :

  • Accompagner des enfants ou des adolescents en foyer ou en famille d’accueil ;
  • Protéger des enfants en danger
  • Identifier les besoins et les intérêts d’enfants en difficulté ;
  • Identifier et apaiser les vécus traumatiques des enfants ;
  • Identifier et apaiser les traumas d’enfance de patients adultes ;
  • Apporter une aide éducative en milieu ouvert ;
  • Proposer un parcours thérapeutique à des enfants, des couples ou des familles ;
  • Travailler avec des adultes en charge de l’éducation des enfants autour de la question des violences éducatives ;
  • Intervenir dans des situations de violence sexuelle, physique ou psychologique à l’encontre d’enfants.

Il permettra aux participants de :

  • regarder, écouter, comprendre les souffrances des enfants ;
  • s’approprier des moyens nouveaux pour entrer en relation avec des enfants ou adolescents qui ne sont pas en mesure de mettre des mots sur leur maux ;
  • acquérir de nouveaux repères pour l’intervention ;
  • mettre en œuvre  des interventions ayant pour but de soulager la souffrance des enfants et leur permettre de mieux grandir ;
  • identifier différents niveaux d’intervention pour faire évoluer la société vers plus de respect et d’humanité.

Avec la participation des Clownanalystes du Bataclown 

Infos pratiques

Quand ?

Jeudi 12 novembre 2026

Conférences de 10h à 18h30

Vendredi 13 novembre 2026

Conférences de 9h à 18h

📍  Adresse du jour

Maison de l’Unesco
125, avenue de Suffren
75007 Paris

Métro : Ségur ou Cambronne

Programme

La tradition de l’auto-émancipation prend au sérieux toute l’épistémologie des apprentissages du 20ème siècle : personne ne peut se former par procuration, personne ne peut libérer autrui à sa place.

Dès lors, toute analyse critique d’un rapport de domination doit se poser la question de ses destinataires : qui croit-on politiser dans les recherches qui critiquent la domination adulte ? S’agit-il d’outiller les dominé·e·s pour résister à l’oppression, ou bien s’agit-il d’admonester les dominant·e·s en espérant qu’iels renoncent à leurs privilèges ?

La tradition matérialiste répond que c’est la première branche de l’alternative qui est vraie, en cherchant à donner les moyens matériels d’une meilleure compréhension et transformation du monde ; la tradition idéaliste tend plutôt à l’entre soi des dominant ·e·s, et accorde souvent beaucoup d’importance à la « prise de conscience ».

L’orateur se propose de défendre les raisons politiques profondes qui lui font croire dans la justesse de la tradition matérialiste, qui ne se raconte pas d’histoire sur la violence des rapports de domination et leur manière raffinée de « faire semblant » de se réformer pour mieux garder le contrôle, une stratégie de procrastination très prégnante dans la domination par l’ancienneté.

L’émancipation de l’enfance ne passera pas par la rééducation des adultes, de même que l’émancipation des femmes n’est pas un processus de libération historique qui devrait dépendre de la rééducation des hommes.
Dès lors, comment penser la politisation directe du corps des opprimé·e·s, et cesser de nous égosiller à dénoncer les abus des adultes ? Ces dernièr·e·s cesseront de nuire quand iels en seront rendu·e·s politiquement et matériellement incapables !

Sébastien CHARBONNIER est philosophe, maître de conférences à l'Université de Lille, chercheur en philosophie de l'éducation et en didactique de la philosophie. Il est l’auteur du livre « Aimer s’apprend aussi. Méditations spinoziennes », Paris, Vrin, 2019.

Parler à un enfant peut paraître comme une évidence absolue, pourtant rien n'est plus délicat lorsqu'il s'agit de parler à un enfant blessé psychiquement par la vie.
Dans la vie d'un enfant, de multiples événements peuvent venir fracturer son quotidien et totalement bouleverser son équilibre : une recomposition familiale, des changements d'établissement scolaire, des maladies, des deuils, des accidents, des agressions, des maltraitances… sans oublier tout le contexte environnant qui peut être particulièrement insécurisant comme cela est le cas actuellement avec les multiples conflits, l’insécurité économique, les enjeux écologiques.

Pour grandir sereinement un enfant a besoin d'avoir auprès de lui des adultes suffisamment sécurisants pour le Sécuriser, le Valoriser, le Protéger. Cet acronyme SVP rappelle le triptyque fondamental à apporter à un enfant. Mais pour cela il faut des adultes qui soient disponibles, attentifs, bienveillants, ce qui n'est pas si simple lorsque la vie est mise à mal.

Les adultes doivent comprendre que parler à un enfant est essentiel à tous les âges de la vie (des premiers jours qui font suite à la naissance à l'âge adulte) ; tout comme ils doivent intégrer le fait qu'aucun écran ne remplacera jamais le portage psychique assuré par la parole.
Trouver les mots, savoir comment parler à l'enfant et surtout parler avec l'enfant est un enjeu essentiel pour construire des liens d’attachement et savoir les maintenir face aux répercussions de ces fractures de vie. Cette intervention propose d’échanger sur l’importance de savoir parler à hauteur d’enfant dans une dynamique d’empathie transitionnelle.

Hélène ROMANO est une psychothérapeute spécialisée dans la prise en charge des blessés psychiques qui consacre depuis plus de trente ans son activité professionnelle à ceux, petits et grands, que la vie n’a pas épargnés.
Titulaire d’un doctorat en psychopathologie, d’un doctorat en sciences criminelles et droit privé et d’une Habilitation à diriger les recherches, elle inscrit depuis toujours son travail sur l’articulation entre la pratique clinique et la recherche.
Elle est longtemps intervenue au plus près du vécu traumatique : immédiatement en tant que psychologue d’urgence avec le SAMU ; puis en différé dans le cadre de prises en charge psychothérapeutiques et, éventuellement, en tant qu’expert lors de réquisitions judiciaires.
Après plus de quinze ans d’exercice hospitalier, elle exerce désormais en libéral avec toujours ces différentes temporalités de prise en charge.
Elle a créé l’Institut Traumatisme Psychique & Résilience (ITPR) pour répondre aux besoins de formation auprès des professionnels de multiples institutions.
Elle a écrit une vingtaine d’ouvrages dont, récemment, « L’enfant face au traumatisme » (Dunod, 2026, 2ème édition) et « Repérage et prise en charge des enfants exposés au contrôle coercitif » (de Boeck, 2026).

A partir d'histoires singulières collectées dans le cadre d'une longue enquête ethnographique sur le fonctionnement du système inceste, Dorothée Dussy abordera la question des frères et sœurs d'un enfant incesté. Comment l'inceste, comme pratique d'écrabouillement sexualisée, impacte le quotidien des frères et des sœurs d'un·e enfant incesté·e ? Comment s'élaborent les liens de fraternité dans ce contexte ?

Comment les fratries peuvent-elles concilier les injonctions contradictoires entre les responsabilités de protection et d'exemplarité des aînés vis-à-vis des cadets et l'obligation du silence sur l'inceste ? On s'intéressera à ces différentes questions pour la période qui couvre la situation incestueuse et dans la phase de silence qui lui succède, puis lors du dévoilement de l'inceste et de son après-coup.

Dorothée DUSSY est anthropologue, directrice de recherche au CNRS, directrice du Centre Norbert Elias à Marseille. Elle s’intéresse à la mécanique des rapports de dominations dans la famille à partir d’enquêtes menées en France sur des situations d’inceste. Elle a travaillé auprès de détenus condamnés pour viols sur mineur·e·s, auprès des familles de ces détenus, et auprès de victimes d’inceste.
Ses travaux font référence et ont activement contribué à sensibiliser au problème des violences sexuelles commises sur les enfants. Elle a notamment publié « Le berceau des dominations, anthropologie de l’inceste » (2021, Pocket). Elle est co-autrice de l’ouvrage « Mazan, anthropologie d’un procès pour viol » (2025, Le bruit du monde, coordonné par Perrine Lachenal et Céline Lesourd)

Et si nous refusions de devenir des adultes, ou plus précisément : et si nous refusions de briser les solidarités adultes-enfants ? C’est ainsi que nous pourrions résumer les mobilisations de personnes adoptées, une fois devenues adultes. Si le fait d’être adopté·e·s a longtemps été synonyme d’infantilisation sur le long terme (usage de la formule « les enfants adoptés » quel que soit notre âge, absence d’agentivité concernant l’accès aux origines, fiction juridique -en France- pour masquer l’adoption, etc.), les personnes adoptées et majeures n’ont néanmoins pas choisi de se désolidariser des adopté·e·s encore privé·e·s de la majorité des droits civiques (les enfants). À partir »d’extraits de son second long métrage documentaire, Une Histoire à Soi, un film d’archives qui donne la parole à 5 personnes adoptées à l’international et aujourd’hui adultes, Amandine Gay nous invite à trouver de l’inspiration dans la façon dont les adopté ·e·s ont mené, depuis les années 1980, des luttes trans-générationnelles.

S'élever à hauteur d'enfants, c’est d’abord apprendre à reconnaître l’expertise des premièr·e·s concerné·e·s, quel que soit leur âge. C’est en se réappropriant la narration sur l’adoption que les personnes adoptées adultes ont pu contribuer à la transformation de l’ensemble de la constellation de l’adoption, et donc aider les nouvelles générations d’adopté·e·s à être mieux prises en charge.
S'élever à hauteur d'enfants, c'est aussi regarder en face les archives, les errements et les silences, pour lutter contre l'effacement des origines et les discours dépolitisants voire réifiants qui réduisent l’adoption à un « conte de fées » ou un « parcours du combattant » des adultes, en oubliant celui des enfants.

S'élever à hauteur d'enfants c'est enfin intégrer l'adoption dans une réflexion plus large sur la justice reproductive, la domination adulte, l’impérialisme et la suprématie blanche comme régime politique.

Amandine GAY est réalisatrice, productrice,autrice, activiste et partage son temps entre recherche et création. En 2017, elle réalise son premier film « Ouvrir La Voix » qui donne la parole à vingt-quatre femmes afro-descendantes francophones. En 2022, un second documentaire, « Une Histoire à Soi » aborde le sujet de l’adoption internationale.
Elle est l’autrice de deux essais autobiographiques aux éditions La Découverte : « Une poupée en chocolat » (2021) aborde l’adoption tandis que « Vivre, libre » (2025) traite de la suprématie blanche.
Elle est aussi la fondatrice du « Mois des Adopté·e·s », une série d’événements se déroulant tous les ans au mois de novembre entre la France, la Suisse, la Belgique et le Québec afin de permettre aux personnes adoptées de se réapproprier la narration.
Conférencière reconnue, Amandine Gay part joyeusement à la rencontre de toutes celles et ceux qui rêvent et travaillent à transformer la société.

Un film d’Idriss GABEL et de Vanessa KABWELA

En temps de guerre, là où la violence réduit trop souvent les enfants au silence, ce film choisit de s’élever à leur hauteur et de leur rendre la parole. Ici, à l’Est du Congo, ils ne sont pas seulement des survivants, ils sont des témoins lucides qui ont exprimé eux-mêmes le besoin vital de raconter, de faire entendre leur voix, de dire au monde ce qu’ils ont vécu. Au sein d’un orphelinat porté par Soeur Clotilde, Paulin, Chantal, Dieudonné et Cynthia transforment leurs blessures en récits, leurs silences en paroles, leurs traumatismes en force. Chacun, avec ses mots, ses dessins, son énergie ou son regard, refuse l’effacement et affirme son humanité.

Le film ne parle pas à leur place : il les écoute, les accompagne et nous invite à faire de même. Leur parole, brute, digne et courageuse, traverse l’horreur pour ouvrir un espace de compréhension et de responsabilité. Ces enfants ne demandent pas la pitié, mais la reconnaissance. Ils nous rappellent que témoigner est déjà un acte de résistance, et qu’en leur donnant la parole, c’est aussi notre capacité à entendre, à comprendre et agir qui est mise à l’épreuve.

Le film sera suivi d’un moment d’échange avec les réalisateur·ice·s

Production : les Films de la Passerelle (2026, 92 minutes)

Depuis des millénaires, on frappe les enfants, on les humilie, on les insulte, on les fait souffrir. La violence envers les enfants s’étend sur un continuum allant de l’infanticide à l’inceste, aux sévices, à la violence éducative, à la mise au coin et aux contraintes légères. Chaque époque et chaque société définissent un niveau de violence considéré comme normal, éducatif, légitime, niveau au-delà duquel les violences sont réprouvées, condamnées, sans être pour autant toujours sanctionnées : très peu d’auteurs d’inceste sont condamnés. Pourquoi les sociétés humaines maltraitent- elles ainsi les enfants ? Les justifications des châtiments corporels se retrouvent dans la plupart des religions, et dans des discours pédagogiques. Les études anthropologiques comparatives montrent que la violence envers les enfants est associée à la violence envers les femmes, à l’apparition de l’agriculture et des hiérarchies sociales, en particulier l’esclavage, à partir du Néolithique.

Depuis l’interdiction de la violence éducative en Suède en 1979, puis l’adoption de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant en 1989, la perception des violences envers les enfants a évolué, conduisant à tolérer de moins en moins de violences. Des études épidémiologiques ont montré dans les années 2000 les effets négatifs des châtiments corporels et des violences psychologiques.
Certains pays ont ainsi voté des lois (dont la France en 2019, mais pas la Belgique, à l’heure actuelle), mais avec un accompagnement très inégal des parents et des professionnel·le·s, un accompagnement nécessaire à l’évolution des comportements (ce que la France n’a pas fait).

Comment faire avec des parents qui se réfèrent à et appliquent des modèles éducatifs violents – claques ici, coups de bâtons ailleurs ? Dire les effets négatifs, rappeler l’interdiction (quand elle existe), tisser une alliance (quand il n’y a pas une urgence) et remonter à l’expérience vécue par les parents dans leur enfance. Daniel Delanoë exposera ces processus à l’œuvre dans quelques situations cliniques.

Daniel DELANOË est psychiatre, psychothérapeute et anthropologue. Il est responsable d’une consultation de psychiatrie transculturelle accueillant des personnes en situation de migration. Il mène des recherches sur la violence éducative et la parentalité. En 2017, il a publié « Les châtiments corporels de l’enfant. Une forme élémentaire de la violence. » (Erès). Il est affilié à la Maison de Solen, Maison des Adolescents de l’Hôpital Cochin à Paris, où il est co-organisteur du séminaire « Les dominations, un impensé de la psychanalyse ? »

Si nous pouvons aisément identifier ce qui en paroles ou en actes, constitue une forme de domination de l’adulte envers l’enfant, qu’en est-il des messages corporels que nous envoyons, bien souvent à notre insu ?

Le corps, ce vecteur puissant de communication, contribue à dessiner, à instaurer une dynamique relationnelle lorsque nous sommes en interaction. Ainsi dès la naissance, le bébé perçoit, ressent le rapport que nous construisons avec lui par le biais de notre regard, notre toucher, notre tonus, notre prosodie émotionnelle, notre portage, nos gestes, nos attitudes, nos affects. Tout au long de son développement, nous lui donnons des repères et transmettons des modèles interactionnels, nous insufflons des manières d’être au monde qui vont marquer singulièrement son inscription dans la société.

De notre hauteur d’adulte, combien de fois n’envisageons-nous pas l’enfant sous l’angle de la domination, des exigences, des performances, sous formes de normes imposées, de cadres éducatifs étriqués, générant des sentiments d’injustice, de rejet et d’inconsidération pour lui ?

En explorant nos mécanismes à l’œuvre , nous tenterons de comprendre les vécus de l’enfant et les manifestations corporelles, émotionnelles qui en découlent et impactent sa construction identitaire. Nous ouvrirons aussi la voie à notre propre enfant intérieur et à sa capacité d’entrer en résonance avec la curiosité, l’émerveillement, la force, le courage, l’adaptation, la joie, la volonté dont tous les enfants que nous accompagnons font preuve pour nous inciter à les rejoindre et ainsi développer davantage notre empathie. Car finalement qui s’élève à hauteur d’enfant élève sa propre humanité.

Elisabeth CASTRO est psychomotricienne auprès du nourrisson, de l’enfant et de l’adolescent, intervenante à Kaléidos, en institution et en famille, formatrice.

Dans les pratiques en tant que psychologue clinicien·ne ou médiateur·ice, la place accordée à l’enfant demeure souvent ambivalente. Certain·e·s professionnel·le·s hésitent à le recevoir directement, préférant évoquer sa présence de manière symbolique, voire la représenter par une chaise vide. D’autres l’intègrent aux échanges sans toujours reconnaître pleinement sa subjectivité ou, à l’inverse, lui confèrent une responsabilité excessive (celle de la décision ou du changement). Ces positionnements contrastés interrogent nos représentations de l’enfance et révèlent des tensions entre protection, reconnaissance et responsabilisation.

Cette intervention propose d’explorer les origines de ces réticences et les raisons pour lesquelles il peut être difficile de considérer l’enfant comme un véritable sujet. Elle invite également à questionner notre propre rapport à l’enfance : comment dialoguer avec l’enfant que nous avons été, et avec ceux que nous accompagnons aujourd’hui ? Comment prendre l’enfant au sérieux sans projeter sur lui nos craintes ou nos attentes ? En filigrane, il s’agira d’interroger cette question essentielle : avons-nous, au fond, peur de l’enfant — et notamment de celui qui persiste en nous ?

Docteure en psychologie clinique, thérapeute de famille, Stéphanie HAXHE est également formatrice et superviseuse au sein de l’Ardoise Pivotante, un Institut de formation à la Clinique Contextuelle d’Ivan Boszormenyi-Nagy. Elle est l'auteure de nombreux articles de thérapie familiale et d'un livre publié chez Érès en 2013 « L'enfant parentifié et sa famille ».

Bee MARIQUE est avocate en Belgique depuis 2009 et consacre l’essentiel de son activité aux droits de l’enfant. Son parcours s’inscrit dans une approche à la fois juridique et humaine, nourrie notamment par sa participation à la mise en place du modèle de consensus, visant à promouvoir une justice plus respectueuse des familles et de leurs dynamiques. Depuis 2015, elle pratique la médiation familiale, renforçant ainsi une pratique centrée sur l’écoute et la prise en compte des besoins de l’enfant.
Au cœur de son travail, la question de la parole de l’enfant occupe une place essentielle. Bee Marique développe une réflexion continue sur les modalités permettant de recueillir cette parole, y compris lorsque celle-ci est entravée par l’âge, le handicap ou des difficultés d’expression.
Elle est également collaboratrice à l’UNamur, où elle s’investit dans des projets de service learning permettant aux étudiants de mettre leurs compétences juridiques au service d’enfants et de familles en situation de vulnérabilité.
Elle intervient également en formation et publie dans une perspective pragmatique, avec pour objectif d’outiller les professionnels —juges, notaires, avocats et médiateurs — dans l’écoute et la prise en compte de la parole de l’enfant.

Protéger les enfants des violences, c’est ce que nous souhaitons collectivement. Mais malgré nos bonnes intentions, la protection des enfants reste un sujet particulièrement délicat.

Dans cette conférence, Marion Cuerq, spécialiste des droits de l’enfant et de la culture suédoise, veut mettre en lumière un aspect central, mais occulté sur cette question : celui du regard social posé sur les enfants. Parce que la rhétorique de l’enfant sage comme une image et qui doit obéir aux adultes sans broncher, fait pleinement partie du problème. Si nous voulons véritablement être en mesure de protéger les enfants, il nous faut d’abord mettre leurs droits au centre des discours les concernant.

Et pour cela, il nous faut commencer par comprendre ce que c’est qu’un enfant sujet de droits. Pour cela, rien de mieux que de découvrir « la hauteur d’enfant », ce puissant bouclier culturel en Suède, premier pays ayant aboli les punitions corporelles et humiliations faites aux enfants.

Marion CUERQ est une Française partie vivre en Suède à l’âge de 19 ans, afin de découvrir le premier pays du monde à avoir aboli les punitions corporelles, en 1979. Elle a appris le suédois, étudié à l’université de Stockholm, et obtenu deux Masters. L’un en Droits de l’enfant, ouvrant sur la compréhension d’un paradigme sociétal centré sur l’enfant et l’autre en Enfance et culture, une branche des « childhood studies » qui s’intéresse à l’impact de la culture et des représentations dans notre perception des enfants.
Depuis cette position singulière, au croisement des cultures française et suédoise doublée de ce combo de diplômes en poche, elle interroge notre inconscient collectif pour repenser la vision de l’enfant, et donc sa place dans la société, dans nos pays francophones.
En 2023, elle a publié « Une enfance en nORd. Pour une éducation sans violence et à hauteur d’enfants » (Marabout).

Cette conférence pose une réflexion sur la reconnaissance de l’enfant comme sujet à part entière, doté de capacités interprétatives, d’un potentiel imaginatif et d’une expertise en relation avec son vécu.

Violences psychologiques, physiques ou sexuelles, conflits intrafamiliaux, parcours de placement ou d’adoption, situations de handicap, souffrances scolaires : ces réalités, quoique bien documentées, restent difficilement accessibles dans les discours qui s’adressent aux enfants eux-mêmes. Elles y sont souvent édulcorées ou déplacées.

Dans ce contexte, la littérature jeunesse constitue un espace symbolique et narratif particulièrement fécond, à condition de s’affranchir d’une fonction strictement normative, moralisatrice, condescendante ou consolatrice.

Cette conférence s'appuiera sur un corpus d’albums jeunesse audacieux tant sur le plan thématique que formel. Elle dévoilera des œuvres exigeantes au niveau de leur articulation texte-image, qui exploitent les ressources cognitives et imaginatives de l'enfant, de même que sa vie émotionnelle, qui contribuent à rompre avec l’enfermement subjectif, qui offrent des propositions symboliques aidant à lutter contre un destin imposé et qui orientent vers des issues émancipatrices.

Brigitte VAN DEN BOSSCHE est historienne, médiatrice culturelle et coordinatrice des Ateliers du Texte et de l’Image, un centre documentaire tout à fait exceptionnel situé à Liège et composé de quelque 90.000 ouvrages de littérature jeunesse et graphisme (illustration).

Le mot victime renvoie traditionnellement à des personnes décédées après une catastrophe ou une guerre. C'est pourquoi de nombreux militants lui préfèrent le terme de "survivant·e·s" pour rendre mieux visible l'énergie, la puissance créatrice des personnes qui ont subi des violences et s'engagent pour les combattre. Et si cette énergie et cette créativité constituaient des ressources nouvelles pour construire la prévention des violences et des maltraitances envers les personnes vulnérables ?

A partir de son expérience à la Commission indépendante sur les violences sexuelles dans l'église catholique (CIASE), à la Commission sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) et à l'Observatoire des violences envers les femmes de Seine-Saint-Denis, Alice Casagrande exposera la manière dont elle conçoit les savoirs des personnes victimes.

Elle proposera aussi des méthodes pour les mobiliser et construire une véritable « société de la réparation ». Une société qui ne laisserait pas à la seule justice le rôle de reconnaître les victimes mais qui, en reconnaissant les victimes comme expertes et partenaires de lucidité et de travail, ouvrirait la voie pour une réparation réciproque entre les victimes et la démocratie.

Alice CASAGRANDE, spécialiste des politiques publiques relatives aux maltraitances et aux violences, a été présidente de la Commission nationale de lutte contre les maltraitances de 2019 à 2022. Elle a participé comme membre expert à la CIASE puis a occupé le poste de secrétaire générale de la CIIVISE.
Elle est aujourd’hui responsable de l’Observatoire des violences envers les femmes de Seine Saint-Denis. Elle a publié notamment « Ce que la maltraitance nous enseigne » (Dunod, 2012), « Ethique et management du soin et de l’accompagnement » (Dunod, 2016) et plus récemment « Apprendre des victimes. Pour une société de la réparation » (Payot, 2026).

Cette intervention propose une réflexion à partir d’un parcours de vie singulier, marqué par la migration, la précarité et l’accompagnement en protection de l’enfance. Elle met en lumière le rôle déterminant des regards portés sur les enfants et les jeunes, ainsi que l’impact des rencontres dans leurs trajectoires.

À l’articulation entre expérience vécue et engagement professionnel, cette prise de parole questionne les pratiques éducatives et la place du lien dans l’accompagnement. Elle invite à repenser notre posture professionnelle et notre responsabilité collective dans les parcours des enfants accompagnés.

Diodio METRO, cheffe de service et présidente de l’ADEPAPE95-Repairs95, association d’anciens enfants placés, porte une exigence claire : la parole des premiers concernés constitue un levier essentiel de transformation des pratiques et des politiques publiques.

Infos pratiques

Quand ?

Jeudi 12 novembre 2026

Conférences de 10h à 18h30

Vendredi 13 novembre 2026

Conférences de 9h à 18h

📍  Adresse du jour

Maison de l’Unesco
125, avenue de Suffren
75007 Paris

Métro : Ségur ou Cambronne

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